Quatre questions pour tout savoir sur le vin charentais, le Pineau et le Cognac

1. À quoi correspond l’IGP « Vins charentais » ?

C’est la dénomination de l’Indication Géographique Protégée (IGP) reconnue depuis 2009 aux vins de pays charentais rouges, rosés et blancs qui respectent un certain nombre de critères de qualité établis dans un cahier des charges validé par les pouvoirs publics. Ce label européen garantit notamment que la récolte des raisins, leur transformation et l’élaboration des vins sont réalisés en Charente (16) et en Charente-Maritime (17)* (dans ces deux départements, entre 1 500 et 2000 hectares sont inclus dans le périmètre de l’IGP). Le texte fixe également d’autres normes en termes de vinification et de rendement de production, et autorise l’utilisation de 26 cépages, qui sont des variétés particulières issues de croisements parfois très anciens : citons par exemple le Colombard, le Sauvignon et l’Ugni (pour les blancs), le Cabernet franc, le Gamay et le Merlot (pour les rouges).

*Pour la vinification et l’élaboration des vins, des dérogations sont accordées afin que ces opérations puissent être réalisées dans des « zones de proximité immédiate », comme Fontenay-le-Comte en Vendée, Niort en Deux-Sèvres, Montmorillon dans la Vienne, ou encore Libourne en Gironde.

Vignoble charentais

 

2. Dans quelle catégorie le Cognac et le Pineau des Charentes entrent-ils ?

L’IGP n’intègre pas les spiritueux comme le Cognac, ni les vins de liqueur comme le Pineau des Charentes. En revanche, ces deux breuvages prestigieux, intrinsèquement liés aux régions historiques du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, bénéficient l’une comme l’autre d’une Appellation d’Origine Contrôlée, un label encore plus strict qui, outre la délimitation d’une aire de production bien précise, consacre un savoir-faire particulier et des usages locaux rattachés à un terroir. D’ailleurs, les zones AOC respectives du Cognac et du Pineau se correspondent avec une parfaite exactitude. Depuis une très large moitié-ouest du département de la Charente, elles englobent l’ensemble de la Charente-Maritime en passant par le Pays Royannais et débordent au nord sur la frange méridionale des Deux-Sèvres, et au sud sur une tout petit secteur situé en lisière de la Dordogne.

Comment fait-on le Cognac ? Quels sont les cépages utilisés ?

Le Cognac est le résultat d’une « double chauffe » de vin faiblement alcoolisé, suivie d’un vieillissement minimum de deux ans en fût de chêne. Cette technique, initiée en Charente au 18ème siècle, vient perfectionner les méthodes de distillation plus classiques importées dans la région par les commerçants hollandais dès l’époque de la Renaissance (l’opération était destinée à améliorer la conservation du vin charentais dont la qualité pâtissait alors de la longueur des transports). Aujourd’hui, cette eau-de-vie est principalement produite à partir du cépage Ugni blanc, inclus dans l’IGP. L’AOC « Cognac » est représentée, promue et protégée par un Bureau National Interprofessionnel (BNIC) qui défend les intérêt de plus de 4 000 viticulteurs, bouilleurs et négociants engagés dans l’appellation.

Le saviez-vous ?

L’âge d’un Cognac se calcule à partir du 1er avril de l’année qui suit celle de la vendange. On retrouve les mentions de vieillissement sur les étiquettes :

  • VS (Very Special) : au moins 2 ans de vieillissement
  • V.S.O.P. (Very Superior Old Pale) : au moins 4 ans de vieillissement
  • XO (Extra Old) : au moins 10 ans de vieillissement

 

Vendanges et production de vins charentais, Pineau et Cognac

Comment fait-on le Pineau ? Quels sont les cépages utilisés ?

Le Pineau des Charentes, dont une légende rapporte qu’il fut découvert par inadvertance en 1589**, est le fruit d’un savant mélange entre moût de raisin et eau-de-vie de Cognac. L’extraction du moût de raison ou pressurage se fait immédiatement à la fin des vendanges pour produire un Pineau blanc et après plusieurs heures de macération des raisins pour obtenir un Pineau rouge. Le Cognac est ensuite ajouté à hauteur d’environ 30% du mélange puis le produit est vieilli obligatoirement en fût de chêne. Les variétés utilisées vont de l’Ugni, Montis et Colombard (pour les pineaux blancs), au Merlot et Cabernet Sauvignon (pour les pineaux rouges ou rosés).

Le saviez-vous ?

Pour qu’un Pineau puisse bénéficier de l’AOC, moûts de raisin et Cognac doivent provenir obligatoirement de la même exploitation viticole.

** Un vigneron charentais aurait versé du jus de raisin dans une barrique, sans savoir que celle-ci contenait déjà un fond d’eau de vie de Cognac.

3. À quand remonte la production de vin dans la région ?

Les premières traces de viticulture ont été identifiées dès la période gallo-romaine (fin du IIIème siècle de notre ère), soit plus d’un millénaire avant que le Pineau des Charentes et le Cognac ne soient « inventés » et deviennent progressivement les productions dominantes sur le territoire. Le vignoble local, d’abord concentré en Saintonge, amorça son premier décollage à partir de la deuxième moitié du XIIème siècle, sous l’impulsion d’Aliénor d’Aquitaine et de son mari Henri II Plantagenêt, également roi d’Angleterre. Par son entremise, le vin charentais trouva alors de nouveaux débouchés auprès de la noblesse d’Europe du Nord.

Sur place, l’essor de l’activité se fait sentir avec l’apparition et le développement d’exploitations de plus en plus nombreuses le long du fleuve, axe économique pour le transport des biens destinés à l’export, vers les navires marchands qui mouillent sur les côtes de l’Atlantique, dont le port de commerce à Royan. C’est de cette époque (XIIIème-XIVème siècles) que date l’élaboration de cépages plus qualitatifs, dont le Colombard, né d’un croisement naturel entre le Chenin blanc (originaire des Bords de Loire) et le Gouais (très répandu lors de la période médiévale, ce vin fut sans doute introduit en France par les Romains juste après la conquête de la Gaule, il y a plus de 2000 ans).

Après une longue période de déclin lié aux ravages causés par le phylloxéra (1875), le secteur des vins tranquilles a retrouvé une dynamique à partir des années 1970. Les productions de qualité se voient attribuées l’appellation « Vin de Pays Charentais » en 1981, un label qui correspond depuis 2009 à l’Indication Géographique Protégée « Vins Charentais ».

Aujourd’hui, l’amour du vin continue à se transmettre de génération en génération. Découvrez l’histoire de notre portrait de territoire, Mélanie Guérin, viticultrice et amoureuse de la Destination Royan Atlantique.

4. Quelles sont les particularités du sol charentais et leur influence sur la qualité des vins ?

L’essentiel de la production repose sur un terroir où les propriétés filtrantes de la pierre calcaire se mêlent à la fraîcheur de l’argile, une roche fine qui retient l’eau et retarde la maturation des raisins avec, à la clé, la promesse de vins puissants au fruité intact : les arômes de cassis et de prunes du Merlot, les accents d’agrumes, de fleurs, de miel du Chenin blanc, les notes de framboise et de violette du Cabernet franc…

Les nuances géologiques d’un secteur à l’autre transparaissent toutefois dans la subdivision du Cognac en six crus, répartis en une série de cercles concentriques à partir de l’est du département de la Charente (une classification en vigueur depuis 1938) :

  • Au cœur de la zone, la Grande Champagne (en Charente), centrée autour de Segonzac, caractérisée par un sous-sol crayeux et tendre, produit les eaux-de-vie les plus fines, très longues en bouche
  • Au sud, à l’est, et surtout à l’ouest – jusque vers Pérignac (en Charente-Maritime) – la Petite Champagne forme une ceinture étroite autour de la précédente : les couches calcaires y sont moins épaisses qu’en Grande Champagne et son Cognac, un peu moins bouqueté, vieillit plus rapidement
  • Au nord de la ville de Cognac et sur la rive droite du fleuve, le petit cru des Borderies (12 500 ha) se caractérise par un sous-sol partiellement décalcifié, recouvert par de l’argile à silex. Son eau-de-vie dispense un arôme très particulier de violette
  • En périphérie de ces trois secteurs, les Fins Bois s’étendent sur un large périmètre, depuis Saintes à l’ouest, Angoulême à l’est, et Saint-Jean d’Angély au nord : en surface, leurs terres de groie proviennent d’un sous-sol en calcaire dur. Leurs Cognacs offrent un peu plus de volume en bouche.
  • Toujours plus au sud et à l’ouest (jusqu’à la mer), les appellations, assises sur des terroirs moins riches en calcaire, ne présentent pas la même finesse que les crus précédents mais fournissent au vin une texture ronde en goût, c’est le cas notamment du cru des Bons Bois.
  • Enfin, les crus « Bois Ordinaires ou Bois à Terroirs » sont issus des productions localisées sur la frange littorale de la région, entre Royan et l’Ile de Ré. Ils sont accentués d’une pointe iodée

Dégustation vins charentais repas
Crédits photos : Frc Photographies, Farid Makhlouf

À la rencontre des producteurs de vins charentais, Pineau et Cognac

Des vignobles aux chais, les vignerons de la Destination Royan Atlantique partagent leur savoir-faire autour de leur métier lors de visites agrémentées d’une dégustation. L’occasion de découvrir toute la richesse du terroir et la diversité des produits. En accompagnement de mets principaux, de l’apéritif au digestif, les Vins de Pays Charentais, Pineau et Cognac s’accordent parfaitement autour des plaisirs de la table.

Rendez-vous chez les producteurs

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