Le phare de Cordouan, « Versailles sur mer »

Situé à l’entrée du plus grand estuaire d’Europe, à 7 kilomètres au large de Royan, il est le dernier phare au monde à être encore habité… par des gardiens qui s’y relaient chaque semaine. La nuit, son feu rayonne jusqu’à 40 kilomètres à la ronde et projette à l’horizon un signal lumineux découpé en trois séquences qui se répètent toutes les 12 secondes, comme autant de clins d’œil complices adressés aux équipages. Face aux désordres de l’océan, la tour blanche du phare de Cordouan impose sa précision d’horloger, la force tranquille et l’extrême finesse de son architecture richement travaillée dans la pierre de Saintonge.

Phare de Cordouan, roi des phares, phare des rois

Le phare des rois, le roi des phares

Juché sur son trône de roche et de sable, le « phare des rois » ou « roi des phares », deux surnoms qui soulignent le symbole monarchique qu’il représente* et illustrent sa majesté devant la rudesse des éléments naturels, est l’un des dix plus élevés au monde (68 mètres). En France, seuls les phares de l’Ile-Vierge (Finistère) et de Gatteville (Manche) parviennent à le surpasser en hauteur.

Le monument primitif, commencé en pleines guerres de religion sous la direction de l’architecte Louis de Foix (1584), se limitait aux deux premiers étages de l’actuel édifice. La construction, achevée près de 30 ans plus tard, après la fin du règne du « Vert-Galant », éblouit tellement ses contemporains qu’ils n’hésitèrent pas à l’ériger au rang de « huitième merveille du monde », un titre certes officieux mais qui en disait long sur l’ampleur de son faste et la forte impression qu’il exerçait sur l’imaginaire collectif. À l’époque, la tour se projetait à une quarantaine de mètres au-dessus de la mer : elle était donc presque deux fois moins haute qu’aujourd’hui.

Phare de Cordouan, sa chapelle, son escalier en colimaçon

La physionomie qu’on lui connaît désormais remonte à un peu plus de deux siècles. Le bâtiment originel imaginé par Louis de Foix, relayé après sa mort (1602) par son conducteur de travaux, fut surélevé de près de 30 mètres à l’aube de la Révolution par l’ingénieur bordelais Jean Teulère (1788-1789).

*Le phare fut dédié à la gloire des monarques Henri III et Henri IV

Une chapelle au deuxième étage

Sa tour, formée d’un fût circulaire qui va s’amincissant vers le sommet, tranche par sa sobriété avec la générosité ornementale de la partie inférieure. Elle ajoute quatre étages supplémentaires au phare, qui en compte donc six au total. L’appartement du roi, logé au premier (aucune tête couronnée n’y a toutefois fait escale) est surmonté, au deuxième, par une chapelle pavée de marbre et coiffée d’une superbe voûte à caissons. Le niveau supérieur est occupé par une salle d’apparat, d’où part un escalier de 301 marches menant à la lanterne du 6ème. Ici, l’ancien feu alimenté par du charbon, de l’huile d’olives et du spermaceti de baleine a cédé la place à une lampe halogène de 250 watts accompagnée d’un appareil lenticulaire Fresnel qui en réunit les rayons lumineux. C’est à Cordouan que ce système optique a été expérimenté pour la première fois en 1823 (il est utilisé aujourd’hui par la plupart des phares dans le monde).

Détails architecturaux du phare de Cordouan

Un phare classé au Patrimoine mondial de l’Unesco

Le phare a été classé Monument Historique en 1862, la même année que la cathédrale Notre-Dame à Paris. Depuis 2017, il est reconnu comme « chef-d’œuvre du génie créateur humain » pour être à la fois ouvrage de signalisation maritime et édifice à l’architecture prodigieuse compte-tenu de son environnement maritime hostile. En traversant les siècles, sa construction illustre les périodes marquantes de l’histoire des phares dans le monde tels le développement du commerce maritime, le marquage symbolique des frontières ou l’innovation technologique (la lentille de Fresnel).

Ce sont notamment ces critères qui justifient la « Valeur Universelle Exceptionnelle » du phare de Cordouan et lui permettent d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de « bien culturel », le 24 juillet 2021. Il devient le 47ème site français à recevoir cette distinction et rejoint donc des sites majeurs tels le Taj Mahal ou la Grande muraille de Chine.

Le phare de Cordouan est ouvert au public et se visite à marée basse (plus de 20 000 visiteurs par an en moyenne). Des trajets sont notamment proposés depuis le port de Royan en fonction des horaires de marées en Charente-Maritime.

Embarquez pour le phare de Cordouan