Le pays de Royan et ses églises romanes

Une vingtaine de communes possède un édifice religieux dont certains des éléments architecturaux remontent à presque un millénaire. Tour d’horizon.

Royan, dans son long « manteau blanc » d’églises romanes

L’art roman est un livre épais dont quelques-unes des plus belles pages ont été composées au cœur de la Saintonge médiévale. C’est en l’an mil, dans ce territoire maritime où Royan dépend alors de l’autorité directe des seigneurs de Didonne que se déploie en quelques décennies un large pan de ce « blanc manteau d’églises*». À l’image de ce qui se fait en Saintonge, l’art roman royannais a la blancheur du calcaire, une pierre tendre que les ouvriers et artisans de l’époque travaillent et modèlent pour fuseler des colonnes, créer des modillons (blocs sculptés sous les corniches), profiler des superpositions de voussures au-dessus des portails, orner des chapiteaux et des façades typiquement formées d’arcatures sur deux niveaux, trois au rez-de-chaussée, jusqu’à sept au premier étage (Sainte-Radegonde à Talmont-sur-Gironde) .

art roman royan

Sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle…

Que faire en Charente-Maritime, sinon découvrir ce patrimoine millénaire protégé, pour plus de 200 églises, au titre des Monuments Historiques. Autour de Royan, situé sur un des tracés secondaires du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, huit de ces édifices religieux sont « classés » et trois autres « inscrits ».

À l’intérieur, une église saintongeaise initiale projette jusqu’au chœur une nef voutée en plein cintre (demi-cylindre sans brisure) qu’elle surmonte, sur son flanc ouest, d’une haute paroi triangulaire parfois percée d’oculus, ces fenêtres circulaires que l’on voit à Saint-Georges-de-Didonne, Breuillet ou Médis.

Rappelons que ces constructions très anciennes ont évolué au fil du temps et subi, pour des raisons diverses, une succession de démolitions et de rénovations ponctuées, pour la plupart, d’agrandissements qui ont introduit dans le matériel roman d’origine d’imposantes strates architecturales plus récentes, gothiques (XIIème-XVème siècle), Renaissance (XVIème), classiques (XVIIème-XVIIIème siècle), voire modernes.

portail eglise romane medis

À Royan même, l’église Saint-Pierre, fondée au XIème siècle sur l’emprise d’un prieuré, est le monument le plus ancien de la ville (son existence est attestée par écrit en 1092). La première abside polygonale (extrémité-est de l’édifice, derrière le chœur)  n’existe plus depuis le XIIIème siècle, époque qui lui substitua le chevet plat actuel. De la période romane subsistent aujourd’hui la baie de la nef (côté sud), datée du XIIème siècle, un modillon réemployé pour soutenir la corniche du chevet (il s’agit d’une tête sculptée), des chapiteaux à thème floral, et la crypte ossuaire, aménagée dans la partie basse du transept-sud, sans doute contemporaine de la fondation. L’église avait été très sévèrement endommagée par les bombardements de 1945, ce qui avait nécessité d’importantes reconstructions.

À Saint-Georges de Didonne, l’église Saint-Georges, mentionnée dès 1075 par une source papale, a été rebâtie au XIIème siècle. Elle conserve de cette époque sa nef, une partie de sa façade principale (rénovée au XVIIème siècle) et des chapiteaux ornés.

Le chevet en demi-lune de la vieille église de Saint-Palais-sur-Mer (XIIème) montre encore des sculptures composées à l’époque de son édification.

Signalée en 1098 par un cartulaire de l’abbaye Saint-Étienne de Vaux, l’église Saint-Pierre-ès-Liens de Médis présente une autre date inscrite sur son fronton : 1103, sans doute l’année à laquelle son édification fut achevée. Sa façade, avec son portail en plein cintre flanqué de deux arcades murées, est typique de l’art saintongeais (XIIème siècle.)

À Saint-Sulpice de Royan, l’église éponyme, qui dépendait de l’abbaye voisine de Vaux-sur-Mer, donne à voir les vestiges d’arcades romanes (fin XIIème siècle) saisies dans le mur nord de sa nef refaite dans un style gothique au XVème (à gauche en entrant).

Carte postale puissante de l’art roman charentais, l’église Sainte-Radegonde de Talmont-sur-Gironde tire son mystère et sa force du site exceptionnel où des moines bénédictins de Saint-Jean-d’Angély ont choisi de l’établir à l’emplacement d’un précédent sanctuaire. Perché en haut d’une falaise, souvent menacé par le flux et reflux de la marée qui menaçait son rocher, cet édifice qui semble défier la mer fut bâti entre 1140 et 1170. Les sculptures de son portail latéral nord, entouré de deux larges arcades surmontées de sept autres, sont les plus anciennes.

À Arvert, l’église Saint-Étienne réserve une curiosité : deux bouquets de sept colonnes mitoyennes disposées en guise de contrefort de part et d’autre de la façade principale, ultimes témoignages du XIIème ou XIIIème siècle.

*La métaphore appartient au moine et chroniqueur bourguignon Raoul Glaber (XIème siècle).